Compte-rendu du stage académique «collège » du 1er avril 2008
Ce stage était animé par Claudie MAUGE, co-secrétaire académique du S3 Rouen et membre du secteur collège au S4. Il a rassemblé 22 collègues exerçant essentiellement en Haute-Vienne, mais aussi en Corrèze.
Après un point sur l’actualité nationale concernant notre métier, un état des lieux a été fait pour l’académie à l’issue des différents CTPD et du CTPA ayant lieu le même jour : il s’avère que ce sont 125 postes qui seront supprimés dans les établissements du second degré à la prochaine rentrée alors que la Rectrice avait initialement parlé de la suppression de 116 ETP – Equivalents Temps Pleins (Pour en savoir plus, consulter les différentes rubriques du site académique). Par ailleurs, 12 bacs pro vont être implantés dès la prochaine rentrée dans les lycées professionnels, les BEP équivalents étant supprimés.
I - Historique du collège en France : quelques temps forts
Après la 2ème Guerre Mondiale, le plan Langevin-Wallon prévoyait d’instaurer une école juste et égalitaire devant permettre une élévation du niveau de qualification ; une école ouverte sur les questions de la société accordant de l’importance aux arts du « faire » et contenant un droit à un « développement complet » de la personne. Or, dans les années 1960-1970, les efforts pour l’élévation du niveau de qualification ont été minces avec le maintien de filières plutôt ségrégatives (classes de voie 1, 2 et 3 mises en place par la réforme Fouchet-Capelle de 1963). La réforme Haby de 1975, centrée sur l’idée d’un collège « unique » afin de rattraper le retard du pays, a été perçue comme un bouleversement par des enseignants non préparés à l’accueil de « ces nouveaux publics ». Elle s’est donc rapidement avérée insatisfaisante pour tous et a été suivie en 1982 d’une tentative visant à « donner plus à ceux qui avaient moins » avec la création des ZEP. Les moyens étaient cependant trop réduits, puisque si 2% du budget de l’Education Nationale leur ont été consacrés à l’origine, cette part n’a cessé de diminuer depuis. Par ailleurs, durant toute cette période, les réorientations précoces se sont poursuivies avec l’envoi d’élèves d’abord en CET, puis en CPPN et, plus tard, en 4ème aide et soutien, 3ème d’insertion ou en classe-relais. Les politiques éducatives des différents gouvernements n’ont jamais pris en compte la question des pré-requis nécessaires à la réussite de tous et ont maintenu des contenus et une pédagogie en adéquation avec celle de la culture dominante, sacrifiant ainsi une partie des enfants des milieux populaires et les condamnant à des sorties précoces du système scolaire.
De manière générale, le SNES condamne le risque croissant d’éviction scolaire (voir la tentative avortée de l’apprentissage junior à partir de 14 ans) et la tendance actuelle au développement de la pédagogie individualisée pour laquelle aucun bilan officiel n’est établi et qui provoque un grand scepticisme, y compris de la part de l’inspection générale : c’est le cas pour les Programme Personnalisé de Réussite EducativePPRE ou, encore plus récemment, des Parcours Individualisé d’Initiation aux MétiersPIIM pourtant en vogue dans le département de la Haute-Vienne et qui pourraient être prochainement généralisés
Pour mener une réflexion sur la « difficulté scolaire » et le rôle de l’école, on peut lire l’ouvrage du sociologue Stéphane BONNERY (Elèves en difficulté et dispositifs pédagogiques, éd. La dispute, 2007) qui explique bien comment l’école peut contribuer à construire de l’échec et ce, avec les meilleures intentions du monde..
II - Socle commun et livret de compétences
Pour les principes de base et pour toutes les questions se référant au collège, lire le supplément à l’US n°663 du 23 février 2008 et consulter le site national du SNES (rubrique sur l’observatoire des programmes disciplinaires).Les points forts du socle commun, qui a valeur de loi (décret n° 2006-830 du 11/07/06), ont déjà été pris en compte dans les programmes de différentes disciplines (maths, SVT par ex.), mais pas encore dans d’autres comme les lettres modernes ou l’histoire-géographie (Les propositions de programmes viennent d’être publiés sur le site eduscol et de rapides consultations vont être menés dans les établissements; il faut s’emparer de ce temps même court pour faire part de nos opinions !) Le secteur collège du SNES estime qu’on a manqué l’occasion de réexaminer en profondeur la culture scolaire. Ce socle n’est pas si « rabougri » qu’on a bien voulu le faire croire et s’avère parfois très complexe ; mais un des changements majeurs consiste dans le fait de privilégier les compétences sur les connaissances, ainsi que les attitudes de conformité sur le développement de l’esprit critique. L’individualisme et l’utilitarisme semblent aussi primer sur le développement harmonieux de la personne.
En ce qui concerne les livrets de compétence, ils sont actuellement expérimentés dans des bassins géographiques désignés d’office (secteur de Brive et de ses environs pour l’académie de Limoges). Il semble que les collègues concernés, soit refusent d’emblée de l’expérimenter, soit y renoncent, vu les difficultés et la grande complexité que cela représente (évaluation non chiffrée d’items parfois très confus et peu objectifs, etc). Aux dernières nouvelles, ils ne seront pas mis en place en septembre…le MEN pense qu’il faut les retravailler !
Enfin, le SNES alerte sur le risque d’explosion du groupe classe avec la mise en place de groupes de compétence et, surtout, sur la possibilité d’annualisation des services que tout cela présente.
III - L’accompagnement éducatif
Mis en place dans les collèges ambition réussite et ZEP, ainsi que, parfois, dans quelques autres désignés par les Inspections académiques, il doit être normalement généralisé à tous les collèges dès la prochaine rentrée, là aussi probablement sans avoir fait de bilan sérieux de ce qui aura été expérimenté cette année.
Cette mesure, a priori séduisante, car semblant répondre à une forte demande sociale, présente toutefois des risques et laisse de nombreuses questions en suspens. Ainsi, les activités proposées (aide aux devoirs, mais aussi ateliers culturels et sportifs) sont rémunérées pour les enseignants volontaires en HSE alors que, dans le même temps, des milliers d’emplois sont et vont être supprimés. Cela suscite aussi une forte inquiétude chez les enseignants d’arts plastiques, d’éducation musicale et d’EPS, et, plus récemment, chez les professeurs de LV (les langues « rares » pourraient être proposées le soir en accompagnement éducatif !), de nombreuses associations, motivées par le versement de subventions, souhaitant investir ces domaines culturels et sportifs. Enfin, il ne faudrait pas que les possibilités de soutien et d’aide aux élèves, déjà bien rares, disparaissent complètement du temps scolaire.
C’est pourquoi sur cette dernière question le SNES demande plutôt l’extension des dispositifs d’aide avec la mise en place de dédoublements et de groupes de besoin, ainsi que la généralisation de l’ATP, ou d’une forme équivalente, à tous les niveaux du collège.