Publié le 27-09-2007

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance »

Abraham Lincoln

Comme dans les autres services publics, la situation dans l’éducation nationale est alarmante.

Chacun sait qu’est d’ores et déjà programmée pour la rentrée 2008 la suppression de 11200 postes dans l’éducation nationale dont près de 9000 dans les collèges et lycées.
Et d’ici la fin du quinquennat, c’est quelques 75000 postes qui auront disparu dans les établissements scolaires. On notera que parmi les arguments utilisés, la démographie est passée sous silence et pour cause : les effectifs remontent !
La principale raison invoquée pour cette réduction considérable du nombre de postes est la dette de l’état. La question est de savoir si sur le plan tant économique que social, il est à la fois plus juste et plus efficace de mettre en place les cadeaux fiscaux votés cet été ou d’investir dans l’éducation et la fonction publique ?
Car au delà de cette diminution de postes – qui vont cruellement manquer aux jeunes arrivant sur le marché du travail – c’est une profonde transformation du système éducatif qui se joue, une transformation qui réduirait à néant les avancées démocratiques de ces dernières décennies.

Le tourbillon d’annonces émanant du président de la république et du ministre de l’Education, montrent que l’Ecole constitue un enjeu essentiel de la politique actuelle et que sa « refondation » loin de porter un projet promoteur d’égalité et de laïcité, ne cherche qu’à réduire la mission de l’Ecole à un rôle d’insertion professionnelle à bas coût, où mérite individuel et concurrence seraient les maîtres mots.

C’est dans cette optique que le Gouvernement multiplie les déclarations qui remettent en cause le principe d’un collège qui offre une culture et une scolarité communes à tous les élèves. Derrière le collège à la carte qu’il propose, c’est le renoncement à l’objectif d’un collège pour tous et à la lutte contre les inégalités qui se dessine ; on peut même craindre le rétablissement de formes de sélection à l’entrée au collège ; se profile la conception d’un service public qui ne garantirait que le strict minimum pour le plus grand nombre et un cursus complet pour les plus « méritants » ; combinées à la disparition de la carte scolaire, ces propositions ne peuvent aboutir qu’à un accroissement des inégalités au mépris des progrès accomplis depuis 30 ans. Or les comparaisons internationales, les études d’économistes comme Eric Maurin, montrent clairement que les destins professionnels et sociaux se sont améliorés dans les pays qui ont démocratisé leur enseignement en passant notamment d’un collège très sélectif au collège unique.

A l’issue de l’acquisition de la culture donnée par le collège, une diversification au niveau des lycées qu’ils soient d’enseignement général, technologique ou professionnel, a été un facteur de démocratisation considérable, même si des déséquilibres subsistent entre les différentes voies et séries qu’il conviendrait de régler. Au lieu de cela, en proposant une seule série d’enseignement général, avec options, en observant un silence inquiétant sur la voie technologique faisant peser des menaces sur son existence même, le gouvernement prend le risque de ségrégations encore plus grandes que celles d’aujourd’hui.

Se greffent à ce projet d’autres sujets d’inquiétude :
La réduction annoncée des horaires d’enseignement ne peut que conduire à un appauvrissement de la formation ; une définition des cartes d’options par bassin est porteuse d’inégalités géographiques ; des cursus tranchés voie générale ou voie professionnelle ne peuvent que figer les parcours des jeunes au lieu d’instaurer les passerelles que nous souhaitons.
Là encore, une analyse de l’évolution récente des emplois et salaires est sans équivoque : plus que jamais, la diffusion des formations secondaires et supérieures améliore les salaires et protège l’économie de davantage de chômage encore

La jeunesse de notre pays mérite mieux que ces projets destructeurs qui convergent avec une multiplicité d’attaques destinée à instaurer une société fondée sur la rupture des solidarités.
Avons nous aujourd’hui d’autres choix que de nous mobiliser pour construire une riposte qui soit à la hauteur ?

Janine Vaux,  secrétaire académique du SNES-FSU