Publié le 07-10-2007

La lecture de la lettre de Guy Môquet
Une injonction à laquelle nous ne pouvons pas nous soumettre

Une note de service du ministre, parue au B.O du 30 août 2007, précise les modalités de lecture de la lettre de Guy Môquet qui doit être effectuée sur décision personnelle du chef de l'Etat le 22 octobre, jour de la commémoration de la mort de ce résistant.

Comment les enseignants pourront-ils s'acquitter de cette tâche ?

S'y plier signifierait que chacun d'entre nous, quelle que soit sa discipline, renoncerait séance tenante à tout ce qu'il serait en train de faire pour consacrer son cours au sujet choisi par le Président. Face à ses élèves, il pourrait se voir exposé à de l'incompréhension ou à de l'indifférence. Même les professeurs d'histoire se demandent comment ils pourraient contextualiser sérieusement cette lettre en dehors du chapitre consacré, en 3ème et en 1ère, à la France pendant la guerre et à la Résistance.

A combien d'autres commémorations faudra-t-il encore se plier ?

Rappelons tout d'abord que, contrairement à ce que laisserait croire le zèle de certains chefs d'établissement, cette exigence présidentielle ne s'applique en aucun cas au collège.

Et en lycée ?

La circulaire ne nous oblige en rien à participer, aucun enseignant n'est sommé de lire la lettre. Certains collègues ont déjà pris (seuls ou collectivement) leur décision : ils ne la liront pas ce jour là.
Surtout, cette injonction présidentielle oblige chacun d'entre nous à se positionner : se taire, dire aux élèves ce qu'on en pense, ou les faire débattre sur le sens de cette journée. On pourrait alors être tenté de prendre les élèves à témoin des contradictions et des dérives de l'Exécutif, ce qui interroge notre souci de neutralité ou d'objectivité par rapport à une situation politique. Car c'est bien de politique qu'il s'agit.

Peut-on prendre le risque que la journée transforme le lycée en arène politique ?

Face à cette situation inédite, une autre position tenable : le refus collectif de l'équipe éducative.

Pour nous, il n'est pas défendable de fonder l'enseignement sur le recours à l'émotion, ni d'obéir sans réflexion à une prescription présidentielle, venant perturber une progression pédagogique librement construite par l'enseignant dans le respect des programmes. Un rapport de l'Inspection Générale de 1998 a d'ailleurs dénoncé le « zapping commémoratif » comme contre-productif.

Le SNES ne peut cautionner cette entreprise commémorative décidée par le seul chef de l'Exécutif. Il n'accepte pas que les enseignants y soient associé» malgré eux.

Il appelle l'ensemble de la communauté éducative des établissements concernés à construire ce refus, à l'expliciter auprès des parents d'élèves, afin de lever tout malentendu.
Il soutiendra toutes les démarches allant dans ce sens.

POURQUOI LA LETTRE DE GUY MÔQUET ?
L'initiative du président ne peut pas nous surprendre.

Au moins trois raisons expliquent ce choix :

  • l'instrumentalisation de la figure d'un résistant communiste à des fins électorales et politiques ;
  • la préoccupation constante de créer des événements médiatiques fédérateurs ;
  • la captation des valeurs portées par cette lettre : défense de la patrie, esprit de sacrifice et famille.

Peut-on accepter que l'école devienne le lieu de création factice d'une Union Sacrée, sans esprit critique, par le biais d'une cérémonie imposée ?